Aliène de Phoebe Hadjimarkos Clarke
Je viens de finir la lecture d'Aliène de Phoebe Hadjimarkos Clarke. Je voudrais en faire une critique ici, mais je ne sais pas trop qu’en penser.
C'est une histoire qui navigue entre plusieurs genres et qui met en scène une jeune femme souhaitant se mettre au vert et qui accepte de garder le chien du père d'une amie pendant que celui-ci voyage...
Pour en parler, je vais faire un "j'aime/j'aime pas" sans spoilers.
J'aime
L'intrigue. Elle est vraiment prenante, un whodunit un peu spécial avec lequel on ne sait pas sur quel pied danser. Même si plein de trucs m'ont agacé dans le livre (voir la section suivante), je l'ai quand même lu jusqu'au bout, tellement l'intrigue est captivante.
Toutefois, un avertissement pour les fans de whodunits bien carrés : on vogue quand même aux frontières du fantastique et du surréalisme à plusieurs reprises, donc la résolution n'est pas exactement du Agatha Christie ni du Scooby-Doo.
Bref, je ne veux pas spoiler, mais si un univers trouble et aux contours incertains ne vous gêne pas, c’est vraiment une intrigue dans laquelle je vous invite à vous plonger.
J'aime aussi la graphie des dialogues. Parfois, on ne sait pas où ils commencent et où ils finissent, mais je suis assez fan.
Mais:
J'aime pas
Malheureusement, il y a un certain nombre de choses que je n'aime pas dans ce livre.
À commencer par le style. En lisant certaines critiques, je vois que des gens trouvent que c'est l'un des points forts du roman, car il aiderait à créer ce sentiment d'étrangeté et de malaise. Personnellement, je le trouve artificiellement alambiqué, avec des termes inutilement complexes (je suis même tombé sur un ou deux mots dont je ne connaissais pas le sens, une première pour moi à l'âge adulte quand je lis en français), côtoyant de l'argot de millénial.
Je ne connais pas l'autrice et n'ai rien lu d'autre d'elle, mais je doute que ce soit sa façon naturelle de s'exprimer. Certes, il n'est pas obligatoire d'écrire de façon naturelle quand on écrit un livre, mais à mes yeux, ça aide quand même à créer une suspension d'incrédulité solide. D'autant que, si la narration est à la troisième personne, elle est exclusivement du point de vue de la protagoniste, Fauvel, au point que ses pensées et celles du narrateur semblent se confondre plus d'une fois.
Peut-être que certains lecteurs aiment ça. Personnellement, après avoir passé trop d'années à étudier les lettres, je me suis forgé un point de vue assez précis sur la question, et je trouve qu'il y a un décalage trop grand entre le style pompeux et un peu pédant, d'une part, et l’histoire et les personnages, d'autre part.
C'est peut-être aussi pour cette raison que je préfère la littérature contemporaine anglophone à celle de mon pays. J'ai souvent du mal à trouver des styles francophones qui me plaisent au XXIe siècle (il y en a, mais j'en trouve rarement).
La protagoniste, Fauvel, est une autre chose qui me gêne. Je la trouve plutôt antipathique, et c'est son personnage qui a failli me faire abandonner la lecture du livre, bien plus que le style du roman. Elle est vraiment trop stéréotypée : une trentenaire issue de la petite bourgeoisie parisienne, gauchiste "progressiste," mais qui n'est pas au-dessus d’un bon vieux mépris de classe si typique de ce type de personne.
C'est un aspect qui ressort beaucoup du livre : un mépris de classe et un mépris parisien de la ruralité. Et j'ai bien peur que cela ne soit ni volontaire ni totalement conscient de la part de l'autrice. La vie rurale y est décrite de manière très superficielle, à coups de clichés, et le fait que les deux seuls personnages ayant un peu de profondeur soient l'héroïne et sa meilleure amie n'aide pas. Tous les autres personnages frôlent parfois la caricature. Les chasseurs ? Une meute bas du front, sans personnalité ni intelligence. Julien ? Un masculiniste violent, malsain, voire terrifiant. Même Michel, que l'on pourrait croire là pour contrebalancer cette vision des ruraux, frôle la caricature de l'homosexuel sympa, ami et confident de l'héroïne vaguement asexuelle et en quête de soi.
La société rurale est-elle décrite si grossièrement parce que c’est ainsi que Fauvel la perçoit ? Ou est-ce parce que l’autrice n’arrive pas à se défaire de ses propres préjugés ? Je ne veux pas lui faire de procès d'intention, mais j'ai peur que ce soit la deuxième option, ou au mieux un mélange des deux.
C'est aussi pour cette raison que je suis très surpris que certains lecteurs et critiques y voient un roman social. En quoi l'est-il ? Parce que les gilets jaunes y sont mentionnés ? C'est un peu léger quand même.
Alors oui, l’un des thèmes principaux du roman est l’aliénation (j’espère que ce n’est pas une surprise, vu le titre), mais je trouve que cela aurait eu plus d’impact si les personnages autres que Fauvel avaient un peu plus d’épaisseur et si la société décrite était moins clichée. En effet, le trait de caractère qui semble dominant chez Fauvel, c’est surtout un certain égocentrisme.
Bilan
Bref, comme je le disais au début, il s'agit d'un livre étrange (je ne parle pas ici de son contenu) que je ne déteste pas, loin de là, mais que j'ai aussi du mal à aimer. J'ai tenu jusqu'au bout grâce à l'intrigue captivante, mais les lourdeurs du style (et les longueurs qu'il engendre) ont rendu la lecture moins agréable qu'elle aurait pu l'être.
Donc, est-ce que je vous le conseille ?
Je n’en sais rien. Si les remarques que j'ai faites ne vous rebutent pas, alors oui, sinon, ne vous forcez pas.
Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Si vous avez aimé ce que vous avez lu, partagez-le avec vos proches et vos contacts. Et si ce n'est pas déjà fait, n'hésitez pas à vous inscrire à la newsletter pour recevoir les prochains articles directement dans votre boîte de réception.

Commentaires ()